Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 13:33

 

Chassol, l’Inde en chassés-croisés

18 avril 2013 à 20:56  (Mis à jour:  19 avril 2013 à 10:09 ) 
Par SOPHIAN FANEN
  •  
  •  
  •  

Parfum. A la fois CD et DVD, «Indiamore» est un projet atypique dans lequel le pianiste français remixe les musiques et ambiances du pays, de Bénarès à Calcutta.

DR.
  • Réduire la taille du texte

«Il me disait qu’il voyait la musique indienne comme deux lignes horizontales. La première, généralement jouée par un tampura, symbolisait la basse. C’était un flux, un ton, un tronc. Une racine qui définissait le point d’ancrage de l’harmonie. La seconde représentait la mélodie et ses chemins sinueux. Elle naissait de la première, lui passait dessus, dessous et, comme aimantée, revenait toujours sur elle. Il me disait qu’il voulait jouer ses accords préférés à l’intérieur des intervalles qui ressemblaient aux montagnes des Indiens d’Amérique.» Ces belles phrases ouvrent et résument Indiamore, le nouveau projet de Christophe Chassol, curieux pianiste parisien compositeur de musiques pour l’image (Sans pudeur ni morale au cinéma, la série Clara Sheller) apparu sur la scène discographique l’an dernier avec X-Pianos, une collection de DJ tools épars, de piécettes surdouées et de chinoiseries bordéliques.

Groove de chambre. Agé de 36 ans, Chassol revient ce mois-ci avec un projet qui est à la fois une suite de ces gammes et tout autre chose. Indiamore est un voyage en film et musique mêlés à Bénarès et Calcutta, au nord-est de l’Inde. Ces deux villes sont racontées au fil de séquences disjointes (projetées sur scène, visibles en DVD à côté du simple CD) dans lesquelles des musiciens présentent à Chassol la musique classique de leur pays. Manipulée, remixée et prolongée devant nos yeux, celle-ci est peu à peu fondue par ce dernier à des harmonies occidentales qui tiennent du groove de chambre. Chaque scène devient alors une petite pièce de pop savante qui s’empêche heureusement d’être donneuse de leçon.«J’écoute de la musique indienne de façon analytique depuis 2009,résume Chassol, l’air un peu Gainsbourg aux cheveux crépus et Repettos blanches. Shakti [un groupe formé par le guitariste John McLaughlin et des musiciens indiens au début des années 70, ndlr] a été ma porte d’entrée quand j’avais 17 ans. Je ressentais le besoin physique de dire ce que j’aime dans cette musique : la tension entre la mélodie et la basse, qui laisse de la place pour les harmonies à la Ravel que j’y entendais. Je me suis lancé, sans m’interdire les surprises du voyage.»

On parle là d’une musique indienne qui se fait avec un tabla (percussion) et un tampura (qui fournit un bourdon de basse), où viennent se mêler une voix ou un sitar. Bollywood et ses meringues orchestrales sont loin. La synth-pop tamoule ou l’électronique des clubs de Delhi aussi. Christophe Chassol, formé au conservatoire, a voyagé à la rencontre de quelques (parfois petits) maîtres du genre. En leur compagnie, Indiamore s’écoule sur le bord d’un fleuve, se poursuit dans un taxi puis sur l’eau, dans l’eau et dans une école. Chaque fois, le Français capte la musique mais surtout les voix, qu’il manipule pour ouvrir une bizarre ligne sans escale entre Bénarès et Paris.

Candeur. Cette technique d’harmonisation - coller une musique sous une voix parlée ou un bruit ambiant - avait déjà été exploitée«par Steve Reich», comme le rappelle Chassol, qui cite aussi leFantasia de Disney et West Side Story dans ses influences de«concerto for cinéma». On mentionnera également le Canadien René Lussier, qui harmonisait dans son album, Trésor de la langue(2010), les complexes rapports des autochtones avec leur langue et en profitait pour emballer le fameux «Vive le Québec libre» de De Gaulle en 1967.

«Je vois ce travail, que j’appelle ultrascore, comme une démarche autant plastique que sonore, continue Chassol. Il s’agit de créer à partir d’un matériau musical, ce qui donne une vision en 3D : l’harmonie, le rythme et la répétition», de l’image comme du son.Indiamore propose ainsi à l’auditeur-spectateur de quitter la rigueur temporelle du film pour une danse chahutée qui tient de la manipulation du DJ. Le film pèche par sa réalisation hésitante, mais son auteur mène le projet avec tant de candeur passionnée et d’évident talent pop que ses pièces deviennent vite des mini-tubes du quotidien. Et on se surprend à chantonner la douce mélodie deDosidomifa, la rythmique imparable d’Ultrathékan°2 ou l’hypnotique River Song. Partout, les bruits de la ville (klaxons, enfants qui jouent) ou du fleuve sont là aussi, remixés dans la masse pour épaissir le tableau.

Indiamore est un objet différent, qui jongle légèrement avec une matière musicale parfois jugée difficile d’accès pour le commun des mortels européens. On lui reprocherait bien une approche trop touristique de l’Inde, mais les clichés donnent aussi de sacrées émotions.

http://next.liberation.fr/musique/2013/04/18/chassol-l-inde-en-chasses-croises_897289

Partager cet article

Repost 0
Published by Les-Portes-de-l-Inde - dans Art
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Portes de l'Inde en Midi Pyrénées
  •  Les Portes de l'Inde en Midi Pyrénées
  • : Réseau artistique et culturel INDE en Midi Pyrénées Propose une photographie du paysage des associations, professionnels et amateurs en lien avec l'Inde. Création d'actions communes
  • Contact

Profil

  • Les-Portes-de-l-Inde
  • Le réseau culturel et artistique" Les Portes de l’Inde" regroupe des membres dont l'ambition est de préserver, protéger et promouvoir le patrimoine culturel, artistique et historique de l’Inde en Midi-Pyrénées.
  • Le réseau culturel et artistique" Les Portes de l’Inde" regroupe des membres dont l'ambition est de préserver, protéger et promouvoir le patrimoine culturel, artistique et historique de l’Inde en Midi-Pyrénées.