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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 12:54

La prochaine séance du séminaire

« Pratiques et poétiques de l'espace urbain en contextes postcoloniaux»

aura lieu le

*Jeudi 12 avril 2012, de 17h30 à 19h30*

*Musée du Quai Branly*

*37 quai Branly 75007 Paris*

*Salle de cours n°2 (sous-sol, à droite de l'amphi Claude Lévi-Strauss)*


Nous y accueillerons


*Laetitia ZECCHINI *
(CNRS-Arias)

LA POÉSIE DE BOMBAY:

DU LIEU À LA TOTALITÉ-MONDE, DU LIEU À L'HISTOIRE, GENÈSE ET MÉMOIRE.


Bombay, ville multiculturelle, multilingue, multiconfessionnelle par
excellence, métropole magnétique façonnée par les migrations, « Star
of the East with her face to the West » (Rushdie), « dream city of
cosmopolitan desire » (Gyan Prakash), lieu de tous les possibles, les
tensions et les enchevêtrements fut également et nous verrons que ça n'a
rien d'un hasard, le creuset de la modernité esthétique et poétique en
Inde. Bombay est aussi devenu le champ de bataille et le laboratoire des
nationalistes hindous, comme d'un certain fondamentalisme culturel. On
assiste ainsi à une réécriture identitaire, essentialiste et majoritaire
de la nation indienne qui s'exprime par une politique de purgation et
d'indigénisation de l'espace, de l'histoire ou de l'identité - au nom
d'une idée du /propre/et de la /propriété/, en tout cas d'un
« proprement » indien.

Je verrai à partir de l'oeuvre bilingue d'Arun Kolatkar (1932-2004) et
en particulier de son recueil /Kala Ghoda Poems/(2004)^^1
<#sdfootnote1sym> , du nom d'un quartier du Sud de Bombay, que si « le
premier recours est la volonté rêche de rester au lieu », l'oeuvre
littéraire convient d'autant mieux au lieu « qu'elle établit relation
entre ce lieu et la totalité-monde » (Edouard Glissant). « Tout récit
est un récit de voyage, une pratique de l'espace », écrit aussi Michel
de Certeau, et la poésie narrative de Kolatkar, dans un recueil qui
s'ouvre à l'aube et se ferme au crépuscule, fait de Bombay à la fois un
lieu et un itinéraire.

L'espace de l'écriture a à voir avec l'espace de la nation et les
frontières de la perception avec des frontières géopolitiques. Le
carrefour (« traffic island ») de Kala Ghoda, autour duquel le recueil
se déploie, apparait comme une mise en abyme de l'archipel qu'est
Bombay. Le poète se refuse à expurger la langue, la topographie, la
géographie et l'identité de ses influences dites « exogènes » ou
minoritaires charriées par l'histoire, de tous ceux qui ne seraient pas
les « fils du sol ». Kolatkar célèbre en anglais, dans une langue
« impropre », langue déplacée, langue recyclée (le recyclage est un
trope du recueil et de la ville), langue soi-disant « étrangère » (?),
Bombay et non Mumbai, telle que celle-ci a été renommée en 1995 par les
nationalistes hindous. Le temps dés-enclose notre rapport au lieu et à
l'origine. C'est l'historicité de la langue et de l'identité dont
témoigne sa poésie, qui joue des détours/transferts/déracinements et
entrelacements créatifs et rend impossible le retour à une origine, une
filiation ou un récit unique.

Patiemment, pendant plus de quinze ans, de la même table d'angle dans un
café sur le carrefour, Kolatkar a minutieusement observé et enregistré
l'ordinaire de Kala Ghoda. Il nous invite à une conversion du regard sur
une ville qu'il dépayse et transfigure. Cet îlot au coeur de la
circulation s'apparente à une scène où le monde de la rue converge :
clochards, ivrognes et paralytiques, chiens errants et gamins des rues,
tas d'ordures et pneus crevés, corbeaux, brindilles et objets
abandonnés, toute une réalité nomade et incadrable d'ordinaire
/inaperçue/. /Kala Ghoda Poems /se caractérise par son hospitalité. Le
recueil fait de l'espace, donne du temps à ce « multiple qui surabonde »
dont parle Rancière; retraçant la filiation poétique et celle de Bombay
avec tout ce qui est infime, décentré, itinérant, étranger, avec tout
ce qui « reste ». C'est ainsi un chien /paria/, chien bâtard qui ouvre
le
recueil à l'aube, déployant la ville et le merveilleux à partir de
l'horizon que lui offre le trottoir, comme une genèse du monde.

Enfin, si Kolatkar, flâneur et chineur des trottoirs de Bombay,
enregistre et réinvente la ville « pierre à pierre », il recueille
aussi « les histoires qui dorment dans les rues », collectionnant
articles,
journaux, documents, photos et témoignages sur la ville, donnant à voir
et à entendre un Bombay de paroles, de mémoires et de micro-histoires.


La séance est ouverte à tous

Bien cordialement,

Aline Bergé, Xavier Garnier et Marc Kober


1 Publication de la traduction française prévue en
2013, /Kala Ghoda. Poèmes de Bombay /(Poésie/Gallimard) trad. Pascal
Aquien et Laetitia Zecchini.

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Published by La-Porte-de-l-Inde - dans Culture
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commentaires

Cecilia flamenca 12/04/2012 16:58

Bravoooo...!!! C'est BON de visiter ce site...!!! MERCI!! A bientôt j'espère...

La-Porte-de-l-Inde 28/04/2012 11:41



Merci ..



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