Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 12:20

PHOca3cc568-1b9d-11e3-b297-767591aa1d3c-805x453.jpg comptent parmi les derniers peuples ­pasteurs de l'Inde. Mais leur culture est menacée. Cette semaine sur France 2, Rendez-vous en terre inconnue leur rend hommage.

Source Le Figaro Magazine
PHOc16d427a-1af1-11e3-9352-ef3d4039303b-805x453.jpg

Le jour se lève enfin sur les monts Aravalli, au Rajasthan, au nord-ouest de l'Inde. Rhupa étire lentement ses muscles douloureux et regarde le ciel qui s'éclaire tout doucement. Murmurant une prière, il quitte son lit de bois tendu de cuir, installé en pleine savane au milieu de son troupeau de dromadaires. Il n'a dormi que quelques heures et ses traits sont tirés. Le léopard qui rôde quelque part dans les hautes pentes depuis le début de la semaine a encore essayé d'attaquer une femelle et de lui prendre son petit. A chaque fois, Rhupa a dû lui jeter des pierres pour le faire fuir. Un combat à armes inégales. Car pour rien au monde il ne voudrait le tuer, lui aussi a des jeunes à nourrir. Sa vie, comme celle de ses animaux, a trop de valeur à ses yeux. Mais il remercie les dieux. Toutes ses bêtes sont là. Il va pouvoir rejoindre les siens la tête haute et prendre son repas. Le troupeau a encore du fourrage pour deux jours et, la plupart du temps, les léopards ne chassent pas pendant la journée. L'air est délicieusement frais, c'est une belle journée qui commence, illuminée de soleil. Comme s'il répétait une scène devant un public invisible, il noue son imposant turban de coton rouge sur son crâne aux cheveux ras, puis il lisse sa tunique blanche et passe ses doigts noueux dans ses épaisses moustaches en crocs.
PHObe01f478-1af1-11e3-9352-ef3d4039303b-805x453.jpg
Au fil des générations leur prestige est resté intact
Rhupa est un Raïka. Un des derniers pasteurs semi-nomades du Rajasthan, le «pays des rois». Un de ces hommes fiers et libres qui parcourent encore la savane aride des contreforts des monts Aravalli avec leurs troupeaux de chèvres, de dromadaires et de moutons. On les appelle aussi Rabaris ou Dewasis. Ils seraient aujourd'hui un peu moins de 300 000, répartis entre l'ouest du Rajasthan et la région de Jodhpur. La tradition raconte qu'ils seraient venus des confins de la Perse ou du Baloutchistan vers le XVe siècle, et que le dieu Shiva les aurait créés pour s'occuper des dromadaires qui transportaient alors les marchandises dans l'Inde entière. Admiratifs de leurs talents de bergers, les maharadjahs et les seigneurs féodaux leur ont confié la gestion et l'élevage de leur bétail, jusqu'au milieu du siècle dernier, quand les anciens Etats princiers se sont fondus dans la création de l'Inde. Pourtant, au fil des générations, leur prestige est resté intact, et les Raïkas ont forgé un mode de vie et une culture uniques dans le sous-continent.
PHObf7a29ce-1af1-11e3-9352-ef3d4039303b-805x453.jpg
Profondément religieux, marqués par l'hindouisme le plus littéral, ils vouent un culte absolu à l'expression de toute vie. Membres d'une caste à part entière, ces pasteurs vivent toujours en petits groupes de quelques familles isolées et installées en bordure des villages pendant la saison des pluies en été, loin du tumulte et de la surpopulation des grandes agglomérations. Puis comme Rhupa, pendant la saison sèche, de l'automne au printemps, beaucoup rejoignent les bergeries traditionnelles d'altitude ou nomadisent avec leurs animaux. Mais leur mode de vie ancestral est aujourd'hui menacé à mesure que l'Inde moderne resserre son étau. De plus en plus de jeunes Raïkas choisissent d'abandonner le pastoralisme pour tenter leur chance en ville, où la vie paraît plus simple, du moins au début. Déracinés, certains refusent alors de se plier à la tradition du mariage arrangé qui structure la société traditionnelle des Raïkas et ils ne réintègrent pas la communauté. Partout, des champs cultivés grignotent la forêt clairsemée et empiètent sur les zones historiques de pâturage. Parfois, la vieille guerre entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires, aussi ancienne que la révolution du néolithique, éclate et les autorités doivent intervenir. Chaque année, de nombreux Raïkas doivent aller encore plus loin pour faire paître leurs bêtes. Hier, Rhupa a dû partir à l'aube avec trois autres bergers pour rapporter de quoi subvenir aux besoins du troupeau. Equipés de longues perches et de hachettes, ils ont quitté la bergerie et marché plus de trois heures pour atteindre une maigre forêt d'épineux. Leur technique est assez particulière. Parvenus au faîte des arbres, ils ont coupé les jeunes branches couvertes de feuilles, dont les chèvres raffolent, avant de les rassembler en bottes épaisses rapportées ensuite à dos d'homme.
Les champs cultivés s'étendent toujours plus loin
PHOc40c3afe-1af1-11e3-9352-ef3d4039303b-805x453.jpg
En leur absence, les femmes sont allées à la rivière pour laver les vêtements et faire le plein d'eau pour la cuisine, tandis que les plus jeunes ramassaient des bouses séchées - l'un des meilleurs engrais qui soit - pour les revendre au poids. Autour des bergeries, le temps semble s'écouler lentement. Les différentes classes d'âge se côtoient toujours harmonieusement et chacun sait encore savourer la beauté de l'instant. Pourtant, le travail ne manque pas et tous les membres de la communauté savent exactement ce qu'ils ont à faire. Les bêtes ne savent pas attendre et réclament des soins permanents. Le quotidien est difficile et les sourires ne masquent pas toujours la fatigue de la journée. Ce matin, en chemin, Rhupa a aidé une chèvre à mettre bas et à reconnaître son petit. Tout s'est bien passé. Le troupeau est en bonne santé. Il faut remercier Shiva. Demain, il quittera les pâturages et prendra le bus vers la ville et le temple où les prêtres l'attendent. Une nouvelle fois, sur la route, il verra ces grands champs d'orge et de blé qui s'étendent toujours plus loin et prennent toujours plus d'eau aux rivières des montagnes. Il priera aussi pour cela. Pour que cela s'arrête et que les siens puissent encore manger à leur faim, sans être obligés d'abandonner leur mode de vie et leur identité. Afin qu'ils puissent continuer à être ce qu'ils ont toujours été: des Raïkas.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/09/20/01003-20130920ARTFIG00462-les-nomades-de-shiva-au-rajasthan.php

Partager cet article

Repost 0
Published by Les-Portes-de-l-Inde - dans Art
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Portes de l'Inde en Midi Pyrénées
  •  Les Portes de l'Inde en Midi Pyrénées
  • : Réseau artistique et culturel INDE en Midi Pyrénées Propose une photographie du paysage des associations, professionnels et amateurs en lien avec l'Inde. Création d'actions communes
  • Contact

Profil

  • Les-Portes-de-l-Inde
  • Le réseau culturel et artistique" Les Portes de l’Inde" regroupe des membres dont l'ambition est de préserver, protéger et promouvoir le patrimoine culturel, artistique et historique de l’Inde en Midi-Pyrénées.
  • Le réseau culturel et artistique" Les Portes de l’Inde" regroupe des membres dont l'ambition est de préserver, protéger et promouvoir le patrimoine culturel, artistique et historique de l’Inde en Midi-Pyrénées.