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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 11:19


LE MONDE CULTURE ET IDEES | 21.11.2013 à 16h27 • Mis à jour le 21.11.2013 à 17h11 | Par Frédéric Bobin (New Delhi, correspondant régional)

 
 
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L'arbre sacré qui marque le lieu de naissance du Bouddha, à Lumbini (Népal). | AFP/Kyle Knight

Enrobé de racines épaisses comme des jambes d'éléphant, l'arbre déploie son feuillage piqué de drapeaux à prières. C'est donc là que Maya Devi, reine des Shakya, s'est saisie d'une branche avant de donner naissance au Bouddha, au VIe siècle avant J.-C.
A proximité, un bassin réfléchit les nuages glissant des flancs de l'Himalaya. A cet endroit, la mère s'est lavée après l'enfantement, en cette eau tombée du ciel comme un hommage opportun, rapportent les textes canoniques. Le site de Lumbini baigne dans le sacré, et les visiteurs témoignent d'une dévotion sans relâche.

LE LIEU DE NAISSANCE DE L'« ÉVEILLÉ », DEVENU UN ENJEU GÉOPOLITIQUE

Le lieu de naissance de l'« Eveillé » est l'endroit le plus saint du bouddhisme. Il n'a pourtant longtemps été qu'une terra incognita, identifiée à la fin du XIXe siècle par des archéologues, après l'exhumation d'un pilier mémoriel érigé par le roi bouddhiste indien Ashoka (IIIe siècle avant J.-C.). Cette découverte n'a pas vraiment arraché la terre sacrée à l'abandon et à la friche.
Mais les temps changent. L'effervescence est en train de gagner Lumbini. Le site est devenu un enjeu géopolitique majeur au pied de cet Himalaya qui sépare l'Inde et la Chine.
Voilà que les deux géants d'Asie s'affrontent autour du Bouddha, âpre bataille relevant de la guerre du soft power, ce « pouvoir doux » par lequel les Etats cherchent à conquérir les c?urs et les esprits. Quand, en 2011, une organisation chinoise, Asia Pacific Exchange Cooperation Foundation (APECF), a proposé 3 milliards de dollars (2,2 milliards d'euros) pour « développer » Lumbini, c'est-à-dire en faire une destination touristique de masse pour pèlerins bouddhistes, New Delhi s'est ému. Le site est certes situé au Népal, mais à seulement 10 km de la frontière indienne.
Si le projet devait aboutir, la gloire qu'en retirerait Pékin aux yeux des 600 millions de bouddhistes à travers le monde serait un affront pour l'Inde qui, elle aussi, héberge des lieux saints du bouddhisme (Bodh Gaya, Sarnath, Nalanda?) et a toujours considéré Lumbini comme son arrière-cour.

REVANCHE DE L'HISTOIRE
New Delhi a pu compter sur la mobilisation de la communauté des Tharu. Ce groupe autochtone résidant autour de Lumbini, et qui redécouvre depuis peu une foi bouddhiste tombée en sommeil, a été en première ligne pour se mobiliser contre le projet d'APECF.
Son principal grief est que les Chinois ont pour mandataire népalais l'ex-chef de la guérilla maoïste, Pushpa Kamal Dahal, devenu, depuis l'accord de paix de 2006, un homme politique influent. « Le comité dirigeant mis en place autour de ce projet ne comptait aucun bouddhiste, dénonce Gopal Dahit, responsable de la Tharu Buddhist Society. Ils étaient tous hindous. Et la population tharu a été complètement ignorée. »
Manifestations locales et obstructions en tout genre ont eu raison du projet. En tout cas, pour l'instant. « Le projet est presque mort »,dit Hari Rai, agent de communication du Lumbini Development Trust, l'organisme gouvernemental chargé de la gestion du site. « Les Chinois qui voulaient mettre beaucoup d'argent ont été perturbés par l'hostilité à laquelle ils se sont heurtés », poursuit-il. L'Inde a probablement joué un rôle dans cette agitation, laissent entendre de nombreuses voix à Lumbini. Mais les Chinois, avertissent d'autres, n'ont pas dit leur dernier mot.
En attendant, un phénomène profond est en train de remodeler le paysage religieux aux environs de Lumbini : l'essor du bouddhisme au détriment de l'hindouisme. Cela sonne comme une revanche de l'Histoire. « Il y a dans le bouddhisme une quête du bonheur intérieur que je ne trouve pas dans l'hindouisme », explique Rakesh, un jeune converti. Certains cercles hindous commencent à se crisper face à l'érosion de leur hégémonie. A Lumbini, les fièvres montent.
 

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Published by Les-Portes-de-l-Inde - dans Actualité
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