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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 18:43

 

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Plongez avec nous au cœur de l'Inde et de ses légendes:

 

03 Septembre 2014

Le Secret de Kanwar
un film de Anup Singh



*****
INDE / 1h49
*****

Prix du meilleur film asiatique au festival de Toronto
Prix du Public au festival de Rotterdam
Prix du Jury au festival de Vesoul
Prix de la meilleur actrice au festival d'Abu Dhabi
Prix India Gold Silver au festival de Bombay

Au cinéma UTOPIA de TOULOUSE dès le 03 septembre

« Ce qui nous saisit d'emblée est

 l'infinie beauté de chaque plan»
EAST ASIA


 


EAST ASIA

 

« La performace de Tilloma Shome est si stupéfiante qu'elle rend obsolète toutes les questions actuelles sur la notion d'identité sexuelle » VARIETY


Deuxième film du cinéaste indien Anup Singh, Le Secret de Kanwar est une oeuvre qui brasse des histoires de famille, l'histoire d'un pays et les images d'une enfance perdue. Interprété de manière somptueuse par un casting mené par l'immense Irrfan Khan (The Lunchbox), et sélectionné dans les plus grands festivals du monde, Le Secret de Kanwar est surtout une fable poignante traversée par des fragments de mythologie et la célébration de la réunion du féminin et du masculin.
  

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 08:42
Sortie en salle mercredi 12 mars 2014
Par Cineobs avec Afp 8 mars 2014

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En couple à la ville, Charlotte Gainsbourg et Yvan Attal sont dirigés à l'écran pour la première fois depuis 18 ans dans "Son épouse" de Michel Spinosa, un drame teinté de spiritualité et de fantastique, tourné en grande partie en Inde et qui sera sur les écrans français mercredi.

Ce film sombre raconte l'histoire de Joseph (Yvan Attal), inconsolable depuis la mort de sa femme Catherine (Charlotte Gainsbourg), ancienne toxicomane décédée en Inde. Gracie (jouée par l'actrice indienne Janagi), une jeune Tamoule hantée par le souvenir de Catherine et persuadée d'être possédée par elle, est victime de troubles du comportement depuis son mariage. Joseph décide de se rendre en Inde pour la rencontrer. Le film est centré sur l'histoire d'amour entre Joseph et Catherine et le cheminement du personnage d'Yvan Attal, qui va apprendre à s'ouvrir et à faire son deuil, confronté à un phénomène de possession auquel il ne croit pas et à sa propre culpabilité par rapport à sa femme. "Son épouse" est nourrie aussi de flash-backs sur la vie de Catherine, qui donnent le rythme du film, et permettent de comprendre les zones d'ombre de sa relation compliquée avec Joseph.

Le quatrième long métrage de Michel Spinosa, après "Emmène-moi", "La Parenthèse enchantée" et "Anna M.", signe le retour à l'écran du couple Gainsbourg/Attal, convaincant dans l'interprétation de ces époux torturés. Après s'être rencontrés sur le tournage du film "Aux Yeux du monde" d'Eric Rochant (1990), les deux acteurs, ensemble dans la vie depuis plus de 20 ans, ont joué tous les deux dans "Amoureuse" de Jacques Doillon(1991) et "Love, etc" de Marion Vernoux (1996). Ils se sont retrouvés pour les films réalisés par Yvan Attal, "Ma femme est une actrice" (2001), "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants" (2003) et "Do Not Disturb" (2012). Mais ils n'avaient plus joué ensemble sous la direction d'un autre réalisateur depuis "Love, etc".

"Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas travaillé ensemble, ils en avaient envie tous les deux, ils avaient des scènes intenses à jouer, et leur complicité a permis d'aller très vite très loin", souligne Michel Spinosa"Ils n'ont pas énormément de scènes ensemble, mais à chaque fois c'était euphorisant de voir à quel point chimiquement ça fonctionnait". Le réalisateur, qui s'était déjà intéressé à la maladie mentale dans "Anna M." - dans lequel Isabelle Carré incarnait une femme érotomane délirante persuadée d'être aimée - approfondit ici l'exploration des troubles psychiques, mais à travers le prisme de la spiritualité et de la mystique indienne.

Pour se pencher sans jugement sur le phénomène des "peys", esprits malfaisants qui s'emparent des corps, "extrêmement partagé" en Inde, il dit avoir "rencontré beaucoup de psychiatres" sur place et avoir "fait un travail d'anthropologie, en se plongeant d'abord dans la vaste littérature existante". Au delà, le cinéaste s'intéresse plus largement à la question de la possession. "Je suis d'abord parti de l'histoire d'amour du couple, puis le thème central a pris corps en Inde, en travaillant sur la prise en charge des troubles mentaux là-bas. La notion de possession y est centrale", explique-t-il. "La possession m'intéressait non pas comme un phénomène folklorique ou fantastique, mais davantage comme une métaphore, une métaphore du deuil : être endeuillé, c'est être en quelque sorte possédé par l'être disparu, par l'être aimé", poursuit-il, ajoutant que la toxicomanie est aussi "une forme de possession".

 

Voir le Trailer de "Son Epouse"

Pour ce film, qui alterne couleurs froides pour la partie française et chaudes pour les scènes indiennes, Michel Spinosa a fait appel aussi à nombre d'acteurs indiens, dont Janagi, l'actrice qui interprète Gracie, qui n'avait jamais fait de cinéma auparavant.

http://cinema.nouvelobs.com/articles/30255-bandes-annonces-son-epouse-charlotte-gainsbourg-et-yvan-attal-se-retrouvent-a-l-ecran

Autre critique : LE FIGARO
http://www.lefigaro.fr/cinema/2012/10/24/03002-20121024ARTFIG00427-charlotte-gainsbourg-et-yvan-attal-reunis-a-l-ecran.php
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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 11:48

Vendredi 14 et samedi 15 mars à 20h30 

 

Gayatri Sriram

Danse Bharatanatyam

Accompagnée par Mrinal Prabhu (nattuvangam), Balasubramanya Sharma (chant), G.Gurumurthy (mridangam), Jayaram Kikkeri (flûte), Prasanna (ganjira, percussions), Murugan Krishnan (lumières)

 

Rares sont les danseuses traditionnelles qui allient une telle créativité à la restitution fidèle du répertoire classique du Bharata natyam, tant dans sa structure que dans ses codes.

Disciple de Mrinal Prabhu du Kalakshetra de Madras, Gayatri est un parfait exemple de la rigueur de style de cette école, pratiquant son art avec une précision géométrique mise en valeur par sa fine et longue silhouette aux membres harmonieux.

Se partageant entre Madras où elle se produit régulièrement dans le cadre du festival d’hiver et Singapour où elle réside et dirige son école reconnue par le Conseil des Arts, Gayatri multiplie les créations qu’elle signe avec son maître Mrinal Prabhu.

Sa personnalité scénique et sa maîtrise impressionnante de l’émotion dans l’expression ont naturellement orienté ses créations vers une dramaturgie dansée mise au service des grandes héroïnes et héros de la mythologie.

Ses principales créations chorégraphiques font revivre ces moments intenses et profondément humains qui nous rendent familiers les dieux et déesses du panthéon hindou, moments fascinants d’une poésie visuelle caractéristique de cet art millénaire qu’est le Bharatanatyam.

L’art de Gayatri Sriram témoigne de la pérennité d’une tradition restée sacrée par sa vocation thématique et constamment revivifiée par des créations nouvelles aux profondes racines.

Ses récitals sont des illustrations vivantes des joies et souffrances divines transmises par la voix des grands poètes de l’Inde.

Gayatri a reçu le Prix Rukmini Devi en 2011 lors de son récital donné à la Krishna Gana Sabha de Madras. 

 

Prix des places : 17 et 12 €

Renseignements, réservations : 01 40 73 88 18 ouauditorium@guimet.fr


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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 12:20

PHOca3cc568-1b9d-11e3-b297-767591aa1d3c-805x453.jpg comptent parmi les derniers peuples ­pasteurs de l'Inde. Mais leur culture est menacée. Cette semaine sur France 2, Rendez-vous en terre inconnue leur rend hommage.

Source Le Figaro Magazine
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Le jour se lève enfin sur les monts Aravalli, au Rajasthan, au nord-ouest de l'Inde. Rhupa étire lentement ses muscles douloureux et regarde le ciel qui s'éclaire tout doucement. Murmurant une prière, il quitte son lit de bois tendu de cuir, installé en pleine savane au milieu de son troupeau de dromadaires. Il n'a dormi que quelques heures et ses traits sont tirés. Le léopard qui rôde quelque part dans les hautes pentes depuis le début de la semaine a encore essayé d'attaquer une femelle et de lui prendre son petit. A chaque fois, Rhupa a dû lui jeter des pierres pour le faire fuir. Un combat à armes inégales. Car pour rien au monde il ne voudrait le tuer, lui aussi a des jeunes à nourrir. Sa vie, comme celle de ses animaux, a trop de valeur à ses yeux. Mais il remercie les dieux. Toutes ses bêtes sont là. Il va pouvoir rejoindre les siens la tête haute et prendre son repas. Le troupeau a encore du fourrage pour deux jours et, la plupart du temps, les léopards ne chassent pas pendant la journée. L'air est délicieusement frais, c'est une belle journée qui commence, illuminée de soleil. Comme s'il répétait une scène devant un public invisible, il noue son imposant turban de coton rouge sur son crâne aux cheveux ras, puis il lisse sa tunique blanche et passe ses doigts noueux dans ses épaisses moustaches en crocs.
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Au fil des générations leur prestige est resté intact
Rhupa est un Raïka. Un des derniers pasteurs semi-nomades du Rajasthan, le «pays des rois». Un de ces hommes fiers et libres qui parcourent encore la savane aride des contreforts des monts Aravalli avec leurs troupeaux de chèvres, de dromadaires et de moutons. On les appelle aussi Rabaris ou Dewasis. Ils seraient aujourd'hui un peu moins de 300 000, répartis entre l'ouest du Rajasthan et la région de Jodhpur. La tradition raconte qu'ils seraient venus des confins de la Perse ou du Baloutchistan vers le XVe siècle, et que le dieu Shiva les aurait créés pour s'occuper des dromadaires qui transportaient alors les marchandises dans l'Inde entière. Admiratifs de leurs talents de bergers, les maharadjahs et les seigneurs féodaux leur ont confié la gestion et l'élevage de leur bétail, jusqu'au milieu du siècle dernier, quand les anciens Etats princiers se sont fondus dans la création de l'Inde. Pourtant, au fil des générations, leur prestige est resté intact, et les Raïkas ont forgé un mode de vie et une culture uniques dans le sous-continent.
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Profondément religieux, marqués par l'hindouisme le plus littéral, ils vouent un culte absolu à l'expression de toute vie. Membres d'une caste à part entière, ces pasteurs vivent toujours en petits groupes de quelques familles isolées et installées en bordure des villages pendant la saison des pluies en été, loin du tumulte et de la surpopulation des grandes agglomérations. Puis comme Rhupa, pendant la saison sèche, de l'automne au printemps, beaucoup rejoignent les bergeries traditionnelles d'altitude ou nomadisent avec leurs animaux. Mais leur mode de vie ancestral est aujourd'hui menacé à mesure que l'Inde moderne resserre son étau. De plus en plus de jeunes Raïkas choisissent d'abandonner le pastoralisme pour tenter leur chance en ville, où la vie paraît plus simple, du moins au début. Déracinés, certains refusent alors de se plier à la tradition du mariage arrangé qui structure la société traditionnelle des Raïkas et ils ne réintègrent pas la communauté. Partout, des champs cultivés grignotent la forêt clairsemée et empiètent sur les zones historiques de pâturage. Parfois, la vieille guerre entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires, aussi ancienne que la révolution du néolithique, éclate et les autorités doivent intervenir. Chaque année, de nombreux Raïkas doivent aller encore plus loin pour faire paître leurs bêtes. Hier, Rhupa a dû partir à l'aube avec trois autres bergers pour rapporter de quoi subvenir aux besoins du troupeau. Equipés de longues perches et de hachettes, ils ont quitté la bergerie et marché plus de trois heures pour atteindre une maigre forêt d'épineux. Leur technique est assez particulière. Parvenus au faîte des arbres, ils ont coupé les jeunes branches couvertes de feuilles, dont les chèvres raffolent, avant de les rassembler en bottes épaisses rapportées ensuite à dos d'homme.
Les champs cultivés s'étendent toujours plus loin
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En leur absence, les femmes sont allées à la rivière pour laver les vêtements et faire le plein d'eau pour la cuisine, tandis que les plus jeunes ramassaient des bouses séchées - l'un des meilleurs engrais qui soit - pour les revendre au poids. Autour des bergeries, le temps semble s'écouler lentement. Les différentes classes d'âge se côtoient toujours harmonieusement et chacun sait encore savourer la beauté de l'instant. Pourtant, le travail ne manque pas et tous les membres de la communauté savent exactement ce qu'ils ont à faire. Les bêtes ne savent pas attendre et réclament des soins permanents. Le quotidien est difficile et les sourires ne masquent pas toujours la fatigue de la journée. Ce matin, en chemin, Rhupa a aidé une chèvre à mettre bas et à reconnaître son petit. Tout s'est bien passé. Le troupeau est en bonne santé. Il faut remercier Shiva. Demain, il quittera les pâturages et prendra le bus vers la ville et le temple où les prêtres l'attendent. Une nouvelle fois, sur la route, il verra ces grands champs d'orge et de blé qui s'étendent toujours plus loin et prennent toujours plus d'eau aux rivières des montagnes. Il priera aussi pour cela. Pour que cela s'arrête et que les siens puissent encore manger à leur faim, sans être obligés d'abandonner leur mode de vie et leur identité. Afin qu'ils puissent continuer à être ce qu'ils ont toujours été: des Raïkas.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/09/20/01003-20130920ARTFIG00462-les-nomades-de-shiva-au-rajasthan.php
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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 17:20

Extravagant India !

Festival International du Film Indien
Du 15 au 22 octobre 2013

Semaine indienne de Paris
 
Après avoir songé à créer un festival de films indiens à l’occasion des 100 ans du cinéma indien,
il nous a paru &e acute;vident d'élargir l’événement en raison de l’extraordinaire foisonnement artistique et culturel de l’Inde.
 
“La Semaine Indienne de Paris” s’imposa à nous, illustrant mieux notre curiosité au fur et à mesure que notre projet initial trouvait sa route.
Nous voudrions vous faire partager nos coups de cœur et nos émotions multiples. Le festival du film indien restera toujours le point central de notre événement, mais nous souhaitons l’enrichir progressivement par des manifestations artistiques parallèles (danse, musique, littérature, arts plastique, mode, gastronomie…).
 
Au fil du temps, “La Semaine indienne de Paris” doit s’inscrire au premier rang des grands évènements culturels de Paris

L’équipe d& rsquo; « Extravagant India ! »
http://www.extravagantindia.fr/fr
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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 12:24

Fortune et célébrité : les promesses du cinéma indien font tourner la tête à une jeunesse de plus en plus décomplexée. Les " aspirants " sont prêts à tout pour intégrer cette industrie qui n'échappe pas à la culture dynastique 

Bombay Envoyé spécial

Shilpa Dhar a des faux cils, des bracelets cliquetants et des ongles vernis d'un rouge cerise. Sa chevelure de jais s'entortille autour de son cou au rythme des dodelinements de sa tête. Elle sourit parce que ses amis lui ont dit qu'elle avait un joli sourire, alors elle sourit sans cesse. " J'ai le sourire de Kareena Kapoor ", glousse-t-elle. Kareena Kapoor est une superstar du cinéma indien et Shilpa s'imagine déjà en " Kareena ". La jeune femme a débarqué à Bombay il y a à peine une semaine de son berceau familial du nord de l'Inde, la tête farcie de rêves de Bollywood. Elle ambitionne de devenir comédienne. Elle sait que " ce sera dur " mais elle a " bon espoir ". Tous les matins, elle adres se ses prières aux dieux hindous du temple de son quartier.

Autour d'elle, les murs sont tapissés de photos de moulins à café et de brassées d'arabica. Le café, c'est désormais la classe en Inde. Foin du thé traditionnel, la jeunesse branchée de Bombay craque pour le café. Une guitare sèche calée contre un mur - et surmontée d'une affichette " Play me " (" Jouez-moi ") - ajoute à la décontraction du lieu.

En ce bar de Versova, quartier de la mégapole où se concentrent les studios de cinéma, les apprentis comédiens viennent tuer le temps entre deux auditions, échanger leurs tuyaux, colporter les derniers cancans et affecter des poses entendues. On les reconnaît d'emblée. Les filles irradient la béatitude vernissée de Shilpa Dhar. Et les gars sont marbrés de biscoteaux. Entre les tables, ils se déhanchent tous comme Salman Khan, l'un des acteurs cultes du moment, un hypermacho taillé dans le granit qui ne quitte jamais ses Ray-Ban même dans la pénombre. Ici au Bru World Cafe de Versova, la puissance du mythe de Bollywood - dont le centenaire sera célébré en grande pompe au Festival de Cannes - se lit jusqu'à la caricature dans la moindre contenance de cette faune d'émules.

On les appelle les " comédiens aspirants " (" aspiring actors "). Leur trait distinctif, c'est un inoxydable optimisme. Combien sont-ils à affluer chaque semaine de tous les coins d'Inde vers ce temple de la Shining India (" l'Inde brillante "), débarquant ballot sur l'épaule à la gare Chhatrapati Shivaji ? Ils doivent être aujourd'hui des dizaines de milliers à errer dans Bombay en quête de quelques minutes de casting dans l'un des 250 films que produit chaque année Bollywood (le cinéma de langue hindi) sur le millier - l'Inde est la première fabrique de films au monde - lancé sur le marché à l'échelle nationale (incluant le cinéma en langues régionales). La concurrence est féroce, sans pitié ;. Au moindre rôle proposé, deux cents candidats feront la queue pour une audition. L'attente peut durer deux ou trois heures, huit heures dans le pire des cas, selon le souvenir de l'un de ces rêveurs éveillés.

L'optimisme, Prakash Sudarshan en est bardé. Il tire une chaise du Bru World Cafe et s'assoit en dépliant sur la table ses biceps et ses avant-bras musclés. Il en faut assurément, de l'optimisme, pour continuer à y croire après dix ans de galère aux portes de studios. Prakash Sudarshan ne se plaint pourtant pas. Cascadeur de formation, cet adepte des arts martiaux double les héros dans les scènes les plus acrobatiques, et cela suffit à le combler en attendant mieux. Un jour, il le sait, il accédera à la pleine lumière. " Le rejet est permanent mais je ne me laisse pas abattre, confie-t-il. Je n'abandonnerai pas. Je ne m'imagine pas faire autre chose. Je m'estime déjà heureux d'avoir fait ce que j'ai fait. J'ai eu beaucoup de chance. &quo t;Prakash Sudarshan essuie refus sur refus. Pas grave : il continue, " heureux ".

" Ils ont des étoiles dans les yeux, cela brise le coeur de les éconduire ", compatit Nandini Shrikent, une directrice de casting indépendante. Mais comment satisfaire le flot grossissant des " aspirants " ? Bollywood fait tourner la tête à une jeunesse indienne de plus en plus décomplexée. " Le cinéma est le seul milieu où l'on peut accéder au statut de célébrité à un jeune âge, décode Ravi Gupta, directeur de Whistling Woods, une école de cinéma située au coeur de Film City, enclave au nord de Bombay où se fabrique Bollywood. Vous pouvez réussir dans le monde de l'entreprise mais vous ne serez jamais une véritable star. Bollywood donne l'illusion que l a gloire est à portée de la main. "

En ces temps d'ambitions échevelées, un phénomène nouveau surgit du tréfonds de la société indienne : les parents poussent désormais leurs rejetons à tenter leur chance, alors que Bollywood sentait jusque-là le soufre dans les bonnes familles. " Le cinéma était perçu comme une activité instable et aux moeurs relâchées, peu recommandée aux jeunes filles, précise Shanoo Sharma, directrice de casting pour le producteur Yash Raj Films. Il est maintenant considéré comme une vraie profession où l'on peut gagner beaucoup d'argent. " Une industrie du nouvel âge, en somme, où l'afflux de candidats draine une foultitude d'offres de services annexes : écoles de comédie (boîtes à fric souvent bidon), cours de danse, salons de beauté, cabinets de chirurgie esthétique...

Sans oublier les clubs de gym qui prolifèrent dans le quartier d'Andheri West, le bastion des " aspirants ". Une silhouette irréprochable est tenue pour un atout décisif, préoccupation qui n'était pas celle des stars de jadis, plutôt grassouillettes.

S'afficher ruisselant de sueur sur un tapis roulant de l'Elixir ou du Waves, établissements emblématiques où on peut croiser des stars consacrées, tient du chic suprême. Sans oublier non plus les escrocs qui s'affairent à exploiter la naïveté de tous ces prétendants. Chacun a une histoire à raconter sur un faux producteur proposant un rôle imaginaire en échange du versement préalable d'une somme sous un fallacieux prétexte. " Mais grâce à Internet, on peut maintenant facilement identifier les charlatans ", se réjouit Prakash Sudarshan le musclé. Les " aspirants " ont ouvert une page Facebook dressant la liste noire des imposteurs.

Et quand bien même l'" aspirant " aura sculpté sa silhouette, blanchi son teint, purifié son hindi de tout accent régional, écarté les aigrefins et enfin arraché une audition, il lui restera à affronter le plus dur : le verrouillage des castings par les réseaux familiaux. Quelques grandes familles dominent Bollywood : les Bachchan, Kapoor, Johar, Chopra, Dutt, Akhtar... A l'image de la culture dynastique si vivace en Inde, la sociologie de Bollywood se résume souvent à des arbres généalogiques. " Producteurs et réalisateurs tendent à réserver les rôles à ceux de leur famille, grince un comédien préférant s'exprimer sous le sceau de l'anonymat. Il est très difficile pour un intrus de percer. "  Pour une fille, si l'on n'est pas parrainée par une figure tutélaire du clan, il vaut mieux être une lauréate d'un concours de miss, l'autre voie royale pour décrocher un rôle.

" Selon mon expérience, l'exercice des auditions est souvent de la pure farce, se plaint Tarun Singh, un " aspirant " qui a abandonné son emploi d'ingénieur informatique pour courir les auditions. Ils ne nous distribuent même pas de script. On a l'impression que tout est déjà décidé à l'avance. "

Et pourtant, cet inoxydable optimisme... Combien de fois Nidhi Singh a pleuré le soir sur l'oreiller après une nouvelle journée de déception ? Longs cheveux noirs roulant sur ses épaules nues, paille trempée dans un verre de limonade, la jeune femme raconte qu'elle a souvent été prise de vertige devant les mirages qui l'entourent. " Il est assez facile de se perdre, d'oublier la vraie personne que l'on est pour ne devenir qu'un produit sur un marché cherchant absolument à se vendre. " Le plus dur à subir, précise-t-elle, c'est la rudesse des remarques décochées par les responsables de casting. Morceau choisi : " Vous vous croyez talentueuse, mais le mendiant dans la rue joue aussi très bien la comédie ! "

 

Face au rejet quotidien, ajoute Nidhi Singh, chacun se forge des " mécanismes d'autoprotection ". Et l'optimisme en béton armé est la meilleure de ces défenses. L'obstacle des dynasties ? Pas insurmontable, clame-t-on. Des stars comme Shahrukh Khan ou Akshay Kumar se sont construits tout seuls, sans piston familial. Et ces années de galère stérile ? Là encore, rien n'est perdu. Irfan Khan, l'un des rares acteurs de Bollywood à avoir percé à l'étranger (il joue le rôle du policier dansSlumdog Millionaire, de Danny Boyle), s'est battu huit ans avant que la chance finisse par lui sourire.

Tout est à l'avenant. Les " aspirants " de Bombay ne cessent de se raconter des histoires afin de conserver intact leur espoir. Quand un de leurs amis échoue à une audition, ils relèvent qu'il était mal habillé ce jour-là - précieuse information qui motivera leur propre tenue vestimentaire. " Ils vivent dans un univers parallèle où tout est fondé sur l'illusion ", souligne Taran Khan, journaliste indépendante ayant enquêté sur ces coulisses de Bollywood. Le guide du parfait " aspirant " est riche en combines vouées à se rendre important, faussement confiant. Ainsi l'astuce qui consiste, lors d'un entretien avec un professionnel, à se faire appeler par un ami et lui répondre comme s'il s'agissait d'un producteur en vue. La posture, cette arme su prême du rêveur de Bollywood. Devant les portes fermées des studios, les " aspirants " de Bombay font leur cinéma.

Frédéric Bobin

SOURCE : Le Monde 15 mai 2013

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 11:34

FESTIVAL EUROPÉEN

DE LA TRADUCTION THÉÂTRALE 

DU 17 MAI AU 14 JUIN 2013


 

Lancé pour la première fois en 2011, sur une idée originale de Dominique Dolmieu et de Céline Barcq, l’Europe des Théâtres a pour objectif la promotion de la traduction théâtrale en Europe et dans les régions voisines, par l’organisation de lectures publiques de pièces de théâtre traduites de langues européennes ou voisines, accompagnées de rencontres avec des  auteurs et des traducteurs, mais aussi des théoriciens ou praticiens du théâtre. Arménie, Danemark, Espagne, Géorgie, Grèce, Kosovo, Maroc, Moldavie, Pologne, République Tchèque, Suisse,Turquie, Ukraine ont accueilli des lectures dans le cadre de ce festival depuis 2 ans.

Cette manifestation est portée par EURODRAM, réseau européen de traduction théâtrale, coordonné par la Maison d’Europe et d’Orient. Multilatéral, international, organisé en une quarantaine de comités linguistiques interconnectés, le réseau contribue à élargir et à fluidifier les canaux de circulation des œuvres dramatiques à l’échelle du continent, en exerçant une veille permanente et en prêtant une attention particulière à la production émergente et innovante.

Dépasser la longue tradition de traduction théâtrale des langues occidentales entre elles, élargir le champ de vision du public et des professionnels, favoriser les rencontres et échanges entre auteurs, traducteurs et public... autant d’objectifs que poursuit la Maison d’Europe et d’Orient depuis sa création, par le biais notamment de ce festival unique en son genre.

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 09:44

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Lata Mangeshkar est l'une des artistes les plus emblématiques que l'Inde ait jamais vu. Considérée par beaucoup comme la meilleure chanteuse de playback féminine de l'industrie cinématographique indienne, Lata est né le 28 Septembre, 1929 dans une famille orthodoxe du Maharashtra.

La musique s’est enracinée dans sa vie dès son plus jeune âge grâce à son père Deenanath Mangeshkar, qui était un très célèbre chanteur classique.

Sa mère Shudhamati était une femme au foyer, tandis que ses quatre frères et sœurs-Hridaynath Mangeshkar, Usha Mangeshkar, Asha Bhonsle et Veena Mangeshkar - sont tous des artistes accomplis.

Bien que Lata soit imprégnée du repertoire classique de son père, un chanteur populaire KL Saigal l’incite vers une carrier de chanteuse professionnelle.
Lata Mangeshkar commence ses cours de musique à l'âge de cinq ans.
Toutefois, ce n'est qu'en 1942, qu’ elle commence sa carrière professionnelle après la mort subite de son père.

Sa carrière s'étend sur 62 ans et est toujours aussi forte.
Tout au long de sa carrière, elle a chanté plus de 1000 chansons en hindi. Par ailleurs, elle a aussi chanté dans plus de 36 langues régionales et internationales.

Elle a été intronisée dans le Livre Guinness des Records du Monde, entre 1974 et 1991 pour avoir donné sa voix à plus de 25.000 solos, duos et chœurs.

Bien que ces chiffres aient été initialement contestés, principalement par les fans de Mohammad Rafi (qui dit avoir chanté plus de 28.000 chansons), il a été établi plus tard que c’est elle qui ggnait.

 En plus de son répertoire de chant impressionnant, Lata est aussi un compositeur de musique populaire et producteur de films. Elle a même gagné le Music Award du gouvernement du Maharashtra pour Sadhi Manase en 1965.

Bien que la liste des prix remportés par Lata Mangeshkar est presque sans fin, le plus important d'entre eux sont Bharat Ratna, Padma Bhushan, Padmavibhushan et Dada Saheb Phalke Award. Elle a aussi remporté quatre Filmfare Awards de la meilleure chanteuse pour playback même si elle a décidé de renoncer à ces prix à partir de 1969.

Lata 
Lata Mangeshkar is one of the most iconic artists India has ever seen. Regarded by many as the finest female playback singer of the Indian film industry, Lata was born on 28th September, 1929 to an orthodox Maharashtrian family.
Music was ingrained in her from a very early age by her father Deenanath Mangeshkar, who was a very famous classical singer. Lata’s mother Shudhamati was a housewife, while her four siblings- Hridaynath Mangeshkar, Usha Mangeshkar, Asha Bhonsle and Veena Mangeshkar – all are accomplished artists.
While Mangeshkar did imbibe important musical skills though her father’s daily classical recitals, it was popular film singer K.L. Saigal who inspired her to take up singing as a serious artistic profession.
Lata Mangeshkar started her musical lessons at the age of five. However, it was not until 1942 when she began her career professionally after her father’s sudden demise. Her career spans 62 years and is still going strong.
Throughout her career, she has sung over 1,000 Hindi songs. Moreover, she has also sung in over 36 regional and international languages. Mangeshkar was inducted in the Guinness Book of World Records between 1974 and 1991 for rendering voice in over 25,000 solo, duet and chorus tracks.
Although these figures were initially contested primarily by the fans of Mohammad Rafi (who is said to have sung over 28,000 songs), it was later established that reigned supreme after all. In addition to her awesome singing portfolio, Lata was also a popular music composer and film producer.
She even won the Maharashtra government’s Best Music Director Award for Sadhi Manase back in 1965. Although the list of awards won by Mangeshkar is almost endless, the most prominent of these are The Bharat Ratna, Padma Bhushan, Padma Vibhushan and Dada Saheb Phalke Award. She also won four Filmfare Awards for the Beast Female Playback Singer although she decided to relinquish these awards from 1969 onwards.
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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 09:44

Pour ses 100 ans, Bollywood s'invite sur la Croisette


Le cinéma indien connaît une décennie difficile: télévision couleur, piratage et dépendance à l'argent mafieux menacent son essor. 

Un siècle de Bollywood: invité d'honneur à Cannes à l'occasion de son centième anniversaire, le cinéma de Bombay se porte comme un jeune homme même si certains, en Inde, l'accusent de radoter en faisant des claquettes au mépris des réalités sociales.

Des claquettes, il en fera encore sur la Croisette au cours du 66e Festival de Cannes (11-22 mai) qui met l'Inde à l'honneur avec la projection de "Bombay Talkies", une série de quatre courts métrages, et "Bollywood, The Greatest Love Story EverTold" (Bollywood, la plus belle histoire d'amour jamais contée), un long métrage montré hors compétition.

Avant Cannes, New Delhi ouvre ses salles obscures et ses musées pour célébrer "ce cinéma qui a contribué à fonder l'identité de l'Inde dans le monde et à faire de Bombay l'une des capitales mondiales de l'histoire du cinéma", comme le rappellent les organisateurs du festival.

Pour le producteur Skhekhar Kapoor, "qu'on l'identifie à quelque chose d'arrière-garde ou de définitivement moderne (...), on dit chez nous que c'est la seule culture capable de rassembler tous les Indiens".

Bollywood ne s'est jamais aussi bien porté: l'Inde a produit près de 1.500 oeuvres l'an dernier et l'industrie du film devrait peser 3,6 milliards de dollars d'ici cinq ans (2,75 milliards d'euros), contre 2 milliards aujourd'hui, selon le cabinet KPMG.

Bollywood (B pour Bombay) est d'abord un cinéma populaire en hindi, en grande majorité des comédies musicales où l'on chante et l'on danse dans un décor volontiers coloré et fleuri, à un rythme effréné.

Hollywood au curry

Mais pour les puristes et les critiques issus des classes moyennes, Bollywood passe totalement à côté des évolutions sociétales qui ont marqué et marquent l'entrée de l'Inde dans le 21e millénaire.

"Il y a une tendance au rabais en termes de contenu. Je pense que nous souffrons de ce qu'on appelle une crise narrative", estime le réalisateur et producteur Mahesh Bhatt.

L'acte de naissance de Bollywood est daté du 3 mai 1913. Le cinéma, alors, est muet. Son père, Dhundiraj Govind Phalke, adapte "Le Mahabharata", une épopée sanscrite de la mythologie hindoue.

Son film, "Raja Harishchandra", connaît un grand succès même si les personnages féminins sont joués par des hommes --le cinéma était une profession quasi interdite aux femmes.

Phalke fera une centaine de films avant d'être balayé par le cinéma parlant apparu dans les années 1930.

Pour beaucoup, les années 1950 ont consacré "l'âge d'or" du cinéma indien avec l'émergence de grands cinéastes et parmi eux, le plus grand, Satyajit Ray, venu pourtant non pas de Bombay mais des studios concurrents du Bengale occidental.

L'Inde tout juste indépendante (1948) se cherche un ciment, une identité post-coloniale.

Les années 1970 et 1980 vont voir le secteur gagner en professionnalisation et en productions plus commerciales. C'est le temps des "masala", ces films légers mêlant romantisme et action, chants et mélodrame, jusqu'à l'inévitable "happy end".

A la marge, des auteurs se réclament du cinéma réaliste, comme "Arth" de Mahesh Bhatt (1982), l'histoire d'une liaison adultère mettant en scène des rôles de femmes de caractère.

Le cinéma indien connaît une décennie difficile: télévision couleur, piratage et dépendance à l'argent mafieux menacent son essor.

Et puis l'économie indienne commence à s'ouvrir au début des années 1990. Les sources de financement se diversifient. Fox et Disney s'installent à Bombay. Dix ans plus tard, le cinéma indien est une industrie.

Riche, populaire, il doit désormais se réinventer, sortir des pas américains dans lesquels il marche un peu trop facilement, estiment certains.

Les classes moyennes, qui vivent en ville et voyagent à l'étranger, "veulent voir autre chose que des inepties qui plaisent aux conducteurs de rickshaws", assène l'acteur Rishi Kapoor.

Des cinéastes novateurs commencent à se faire un nom, comme Anurag Kashyap dont le "Hindi indie" fait actuellement le tour du monde des festivals.

Selon Raj Nidimoru, coréalisateur de "Go Goa Gone", l'un des tout premiers films indiens de morts-vivants, le cinéma alternatif en Inde n'en est qu'à ses balbutiements.

"Ce n'est qu'une onde, ce sera bientôt une vague", prédit-il.

http://www.lepoint.fr/culture/pour-ses-100-ans-bollywood-s-invite-sur-la-croisette-29-04-2013-1661064_3.php

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 13:33

 

Chassol, l’Inde en chassés-croisés

18 avril 2013 à 20:56  (Mis à jour:  19 avril 2013 à 10:09 ) 
Par SOPHIAN FANEN
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Parfum. A la fois CD et DVD, «Indiamore» est un projet atypique dans lequel le pianiste français remixe les musiques et ambiances du pays, de Bénarès à Calcutta.

DR.
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«Il me disait qu’il voyait la musique indienne comme deux lignes horizontales. La première, généralement jouée par un tampura, symbolisait la basse. C’était un flux, un ton, un tronc. Une racine qui définissait le point d’ancrage de l’harmonie. La seconde représentait la mélodie et ses chemins sinueux. Elle naissait de la première, lui passait dessus, dessous et, comme aimantée, revenait toujours sur elle. Il me disait qu’il voulait jouer ses accords préférés à l’intérieur des intervalles qui ressemblaient aux montagnes des Indiens d’Amérique.» Ces belles phrases ouvrent et résument Indiamore, le nouveau projet de Christophe Chassol, curieux pianiste parisien compositeur de musiques pour l’image (Sans pudeur ni morale au cinéma, la série Clara Sheller) apparu sur la scène discographique l’an dernier avec X-Pianos, une collection de DJ tools épars, de piécettes surdouées et de chinoiseries bordéliques.

Groove de chambre. Agé de 36 ans, Chassol revient ce mois-ci avec un projet qui est à la fois une suite de ces gammes et tout autre chose. Indiamore est un voyage en film et musique mêlés à Bénarès et Calcutta, au nord-est de l’Inde. Ces deux villes sont racontées au fil de séquences disjointes (projetées sur scène, visibles en DVD à côté du simple CD) dans lesquelles des musiciens présentent à Chassol la musique classique de leur pays. Manipulée, remixée et prolongée devant nos yeux, celle-ci est peu à peu fondue par ce dernier à des harmonies occidentales qui tiennent du groove de chambre. Chaque scène devient alors une petite pièce de pop savante qui s’empêche heureusement d’être donneuse de leçon.«J’écoute de la musique indienne de façon analytique depuis 2009,résume Chassol, l’air un peu Gainsbourg aux cheveux crépus et Repettos blanches. Shakti [un groupe formé par le guitariste John McLaughlin et des musiciens indiens au début des années 70, ndlr] a été ma porte d’entrée quand j’avais 17 ans. Je ressentais le besoin physique de dire ce que j’aime dans cette musique : la tension entre la mélodie et la basse, qui laisse de la place pour les harmonies à la Ravel que j’y entendais. Je me suis lancé, sans m’interdire les surprises du voyage.»

On parle là d’une musique indienne qui se fait avec un tabla (percussion) et un tampura (qui fournit un bourdon de basse), où viennent se mêler une voix ou un sitar. Bollywood et ses meringues orchestrales sont loin. La synth-pop tamoule ou l’électronique des clubs de Delhi aussi. Christophe Chassol, formé au conservatoire, a voyagé à la rencontre de quelques (parfois petits) maîtres du genre. En leur compagnie, Indiamore s’écoule sur le bord d’un fleuve, se poursuit dans un taxi puis sur l’eau, dans l’eau et dans une école. Chaque fois, le Français capte la musique mais surtout les voix, qu’il manipule pour ouvrir une bizarre ligne sans escale entre Bénarès et Paris.

Candeur. Cette technique d’harmonisation - coller une musique sous une voix parlée ou un bruit ambiant - avait déjà été exploitée«par Steve Reich», comme le rappelle Chassol, qui cite aussi leFantasia de Disney et West Side Story dans ses influences de«concerto for cinéma». On mentionnera également le Canadien René Lussier, qui harmonisait dans son album, Trésor de la langue(2010), les complexes rapports des autochtones avec leur langue et en profitait pour emballer le fameux «Vive le Québec libre» de De Gaulle en 1967.

«Je vois ce travail, que j’appelle ultrascore, comme une démarche autant plastique que sonore, continue Chassol. Il s’agit de créer à partir d’un matériau musical, ce qui donne une vision en 3D : l’harmonie, le rythme et la répétition», de l’image comme du son.Indiamore propose ainsi à l’auditeur-spectateur de quitter la rigueur temporelle du film pour une danse chahutée qui tient de la manipulation du DJ. Le film pèche par sa réalisation hésitante, mais son auteur mène le projet avec tant de candeur passionnée et d’évident talent pop que ses pièces deviennent vite des mini-tubes du quotidien. Et on se surprend à chantonner la douce mélodie deDosidomifa, la rythmique imparable d’Ultrathékan°2 ou l’hypnotique River Song. Partout, les bruits de la ville (klaxons, enfants qui jouent) ou du fleuve sont là aussi, remixés dans la masse pour épaissir le tableau.

Indiamore est un objet différent, qui jongle légèrement avec une matière musicale parfois jugée difficile d’accès pour le commun des mortels européens. On lui reprocherait bien une approche trop touristique de l’Inde, mais les clichés donnent aussi de sacrées émotions.

http://next.liberation.fr/musique/2013/04/18/chassol-l-inde-en-chasses-croises_897289

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